|
avec 
Lamborghini Murcielago
A la grâce du taureau
Douze ans après le lancement de la Diablo, Lamborghini revit. Repris par le groupe VW à l’été 1998, le constructeur de Sant’Agata retrouve l’envie de défier Ferrari.
C’est parce que le "Commandatore" faisait la sourde oreille aux problèmes d’embrayage de sa Ferrari que Ferruccio Lamborghini, fabricant de tracteurs et autres engins agricoles, créa il y a bientôt quarante ans Lamborghini Automobili. La firme deviendra rapidement le principal rival de Maranello. Comme quoi, il faut toujours prêter l’oreille aux plaintes d’un client mécontent.
Comme au temps des Miura et Countach, le constructeur d’Emilie-Romagne reprend goût à la vie grâce à un nouveau produit. Son patronyme, cette "Lambo" l’emprunte à la tauromachie, en l’occurrence à un taureau qui fut épargné dans les arènes de Cordoue, un soir d’octobre 1879. Pour sa concurrente désignée, la Ferrari 575 Maranello, la Murcielago ne témoignera pas d’autant de mansuétude. Pas facile de résister aux assauts, coups de cornes et autres ruades de la plus puissante automobile de série au monde. Et quand il voit rouge, le taureau de Sant’Agata se cabre avec autant d’aisance que le petit cheval de Maranello.
Situé en position centrale arrière, son V12 dérivé du bloc de la Diablo ne doit rien au groupe VW. Ce bloc 100 % Lamborghini développe 580 ch, soit 65 de plus que la rivale de chez Ferrari. A la mise à feu, une onde de choc traverse l’habitacle un brin austère et son grondement sourd fait vibrer le creux des reins à travers le cuir des baquets. En première, la poussée est si violente que la tête bascule immanquablement vers l’appuie-tête. La seconde s’enclenche à 100 km/h, la troisième à 150. Pour les trois autres rapports, un petit détour par le circuit de Nardo et son anneau de vitesse taillé bien large s’impose. Là, le couple phénoménal de 66,3 mkg propulse le missile transalpin au-delà des 330 km/h. Quant au bridage à 250 km/h pratiqué par les constructeurs allemands, Lamborghini s’en passe.

Ce fabuleux V12 6.2 litres brille aussi par sa docilité, si bien que les très bas régimes sont appréhendés sans le moindre à-coup. Ce bloc d’exception est associé, pour la première fois chez Lamborghini, à une boîte de vitesses à six rapports. Si on peut regretter l’absence de fonction séquentielle, désormais monnaie courante dans la catégorie sport-prestige, il y a de quoi s’enthousiasmer devant la douceur et la précision de la commande. Le levier en alu glisse le long de la grille avec autant de facilité que le couteau dans la mozzarella.
Malgré ses 1 650 kg et son gabarit hors norme (2,04 m de large, 1,13 m de haut), la Murcielago concilie la puissance du taureau et l’agilité du matador. La direction bien consistante et les voies très larges rassurent. Très stable en courbe rapide, maniable dans les enchaînements sinueux, endurante et mordante au freinage, l’italienne ne requiert pas un passage par Top Gun pour être maîtrisée. La générosité des pneumatiques (18 pouces), lovés autour de superbes jantes en pétales, et la transmission intégrale permanente par visco-coupleur central participent à l’excellente motricité.
Civilisée, la Murcielago n’a pas hérité du tempérament extrémiste de la Diablo. Seules ses prodigieuses performances n’en font pas un engin à mettre entre toutes les mains. La bonne surprise vient également du confort de roulement. La finesse des réglages et la fermeté du tarage préservent un judicieux compromis entre efficacité et convivialité. La seule lacune concerne la rétrovision, pourtant assurée par de larges miroirs. La Murcielago n’en est que plus vulnérable dans le trafic et ce serait tellement dommage d’égratigner l’élégante carrosserie en fibre de carbone, sculptée dans les ateliers récemment rénovés de Sant’Agata.
Due au Belge Luc Donkervolke, “emprunté” à Audi, la nouvelle Lamborghini a conservé l’allure générale de la Diablo. Le résultat, plus épuré, n’a rien perdu en sportivité. On l’oppose désormais plus volontiers à une Pagani, tout aussi exclusive, qu’à une Ferrari, plus bourgeoise. Grâce à Audi et à son réseau nord-américain, Lamborghini affiche de belles prétentions. 2 000 exemplaires devraient être produits en l’espace de cinq ans, soit autant que de Diablo durant ses douze années de carrière, mais bien peu comparé aux ambitions qu’affichera la future petite Lamborghini mise en chantier après la reprise par le groupe VW.
|